Les réactions continuent de pleuvoir après le passage de la Première ministre Judith Suminwa à la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Parmi elles, celle de Nharly Amisi, coordonnateur du PPRD/Europe et S.E.F. PPRD/France, parti de l’ancien président Joseph Kabila et aujourd’hui dans l’opposition.
Approché par la rédaction d’Opinion-Info.cd pour recueillir sa réaction au discours de la cheffe du gouvernement, Nharly Amisi estime que les réponses concrètes aux problèmes que traverse la République démocratique du Congo restent attendues.
Interrogé sur ses attentes avant le discours de Judith Suminwa, il affirme qu’il espérait surtout entendre des propositions concrètes.
"Pour être honnête, on n’attendait rien d’un discours “yakafokon” (NDLR : expression utilisée pour désigner un discours dans lequel on énonce des solutions sans préciser concrètement les moyens de les réaliser). Nous espérions plutôt entendre des réponses concrètes aux problèmes réels que traverse la RDC", a-t-il déclaré
Selon lui, l’intervention de la Première ministre est restée essentiellement au niveau des principes, sans apporter, à ses yeux, de réponses suffisamment précises aux différentes crises auxquelles le pays est confronté.
"Or, le discours est resté largement dans les déclarations de principe, sans apporter de réponses suffisamment concrètes à la crise politique, sécuritaire et institutionnelle que connaît notre pays", a-t-il soutenu.
Le PPRD remet en avant les propositions de Joseph Kabila
Sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC et les engagements annoncés en faveur du retour de la paix, Nharly Amisi estime que la question centrale reste celle des actions concrètes à entreprendre.
"La crise actuelle est due à une mauvaise gouvernance sur tous les plans. La paix a toujours été le souhait de tout le monde. Mais la question est de savoir quelles actions concrètes doivent être entreprises pour y parvenir", a-t-il affirmé.
Dans ce contexte, le responsable du PPRD/Europe met en avant les propositions formulées par l’ancien président Joseph Kabila le 23 mai 2025.
Selon Nharly Amisi, ces propositions s’articulent autour de cinq axes : « la fin de la guerre, la restauration de l’État de droit, la réconciliation nationale, la relance économique et le retrait des forces étrangères ».
Il considère ces propositions comme pouvant constituer « les bases d’un sursaut patriotique et d’une refondation de l’État congolais ».
Un dialogue qu’il souhaite inclusif
La question du dialogue politique occupe également une place importante dans sa réaction. Nharly Amisi plaide pour un processus auquel prendraient part les différentes composantes de la société et de la classe politique.
"Les Congolais ont besoin d’un dialogue inclusif, qui réunit toutes les parties prenantes, et non d’un dialogue soliloque de l’Union sacrée", affirme-t-il.
Pour le cadre du PPRD, la recherche de solutions aux problèmes internes du pays passe par la capacité des différents acteurs à se retrouver autour d’une même table.
"Pour résoudre nos problèmes internes, nous devons être capables de nous mettre tous autour d’une même table, sans faire fi d’aucune partie prenante", insiste-t-il.
Les ressources minières au cœur des interrogations
Le volet économique du discours de Judith Suminwa, notamment son appel à davantage valoriser les ressources minières de la RDC, suscite également des interrogations chez Nharly Amisi.
"La Première ministre a beaucoup parlé des ressources minières et de leur contribution au développement. Mais de quelles ressources minières parle-t-elle, alors que certaines de nos richesses sont actuellement au cœur des problèmes de gouvernance et de pillage ?" questionne-t-il.
Il estime dès lors que la priorité doit être accordée à la gouvernance et à la transparence dans la gestion des ressources nationales.
"C’est précisément pour cela que nous demandons une bonne gouvernance, de la transparence et une gestion responsable des ressources nationales", explique-t-il.
Avant d’envisager la transformation locale des ressources, l’industrialisation et le développement des chaînes de valeur, le responsable du PPRD estime qu’il faut d’abord garantir que les richesses nationales bénéficient effectivement à la collectivité.
"Avant de parler de transformation locale, d’industrialisation ou de chaînes de valeur, il faut d’abord garantir que les ressources de la RDC profitent réellement à l’État congolais, à sa population et non aux individus", soutient-il.
Sur l’intelligence artificielle, l’appel à une culture numérique
Autre sujet abordé par la Première ministre à la tribune de l’ONU : l’intelligence artificielle. Sur cette question, Nharly Amisi, qui se présente comme « technolucide », appelle à davantage de sensibilisation et d’éducation.
"Nous, qui sommes technolucides, pensons qu’il faut d’abord démolir certains mythes autour de l’IA par la sensibilisation et l’éducation", affirme-t-il.
Il cite notamment "le mythe du techno-solutionnisme, le mythe de la magie, le mythe de l’abondance, le mythe de la neutralité et celui de l’inévitabilité"
Pour lui, l’intelligence artificielle peut certes constituer un outil important, mais elle ne saurait, à elle seule, répondre aux difficultés structurelles de la RDC.
"L’intelligence artificielle peut être un outil important, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une solution aux problèmes structurels de notre pays. Il faut une véritable culture numérique et une réflexion critique sur ses usages, ses limites et ses conséquences", souligne-t-il.