Catégorie

Redevabilité des députés en RDC : Gratien Iracan dénonce une confusion des rôles et recadre le Bureau de l'Assemblée nationale

revd

 

Dans un communiqué rendu public le 7 octobre 2026, le député national Iracan Unen Gratien de Saint-Nicolas s'oppose frontalement à la demande du Bureau de l'Assemblée nationale exigeant des élus qu'ils justifient de leurs « réalisations » locales. Une dérive dangereuse qui confond les rôles, selon l'élu de Bunia.

C'est un véritable rappel à l'ordre constitutionnel. Par son communiqué du 5 octobre, le Bureau de l'Assemblée nationale a sommé les 500 députés nationaux de transmettre, avant le 15 octobre, photos et vidéos à l'appui, le bilan de leurs « réalisations » dans leurs circonscriptions : écoles, ponts, centres de santé. Une injonction qui ne passe pas pour le député Iracan Unen Gratien de Saint-Nicolas.

Dans une déclaration rendue publique le 7 octobre, le parlementaire pose une limite claire : rendre compte de son travail législatif est une obligation démocratique, mais se substituer au gouvernement pour construire des infrastructures ne l'est pas. « Construire des écoles, c'est le rôle de l'Exécutif », a-t-il écrit dans ce document. Se référant aux articles 100 et 101 de la Constitution, Gratien Iracan rappelle le fondement même du mandat parlementaire : le député représente la Nation, vote les lois et contrôle l'action du Gouvernement.

« Construire des écoles, des routes, des ponts et des centres de santé est la mission de l'Exécutif, avec le budget de l'État que nous votons », martèle l'élu.

Pour lui, exiger des bilans de réalisations physiques transforme le parlementaire en simple « bailleur de fonds » et institutionnalise une pratique dangereuse. Une telle logique, prévient-il, ouvre grand la porte au clientélisme, creuse les inégalités entre élus proches du pouvoir et ceux de l'opposition, et fausse complètement l'évaluation du véritable travail législatif.

Gratien Iracan se veut transparent. En tant que député de l'opposition, il affirme n'avoir « jamais reçu de l'État, que ce soit du Gouvernement ou de l'Assemblée nationale, le moindre appui financier » pour réaliser des infrastructures ou des assistances sociales dans sa circonscription. « Ce que j'ai pu faire pour la population, je l'ai fait avec mes propres moyens ou par le plaidoyer auprès des autorités », précise-t-il.

Et d'ajouter : « Mes maigres moyens ne me permettent pas de me substituer au Gouvernement, qui dispose de ressources considérables pour changer la vie de notre peuple. »

Loin de refuser le principe de redevabilité, Iracan Unen adresse trois demandes formelles au Bureau de l'Assemblée nationale. La première, c'est la transparence financière : dire clairement s'il existe un mécanisme de financement permettant aux députés de mener des réalisations publiques au même titre que le Gouvernement, et préciser les critères d'attribution. La deuxième, c'est la liste des subventions : communiquer les noms des élus ayant obtenu des subventions pour des actions suppléant celles du Gouvernement. La troisième, c'est le recentrage sur le travail parlementaire : évaluer les députés sur leurs véritables prérogatives, à savoir les initiatives législatives, l'usage des moyens d'information et de contrôle, ainsi que les plaidoyers menés en faveur des populations.

Dans le délai imparti, l'élu de Bunia promet de transmettre son bilan. Mais pas celui que l'on attend de lui. Un bilan centré sur son action parlementaire. « Le peuple congolais mérite la vérité sur le travail de ses élus », conclut-il, appelant à ne plus confondre le rôle de législateur avec celui de développeur local, une mission qui incombe avant tout à l'État.

La Rédaction

Étiquettes: