Le dossier du projet hydroélectrique de Kibombo prend une nouvelle tournure à la Société nationale d’électricité (SNEL). Dans une correspondance datée du 12 octobre 2026, le directeur général, le professeur docteur ingénieur Teddy Lwamba Muba, remet en question la démarche du président du conseil d’administration (PCA), qui soulève désormais des préoccupations autour d’un potentiel conflit d’intérêts dans le partenariat conclu avec TWIGA POWER.
Au cœur de cette controverse se trouve une question essentielle : comment un projet examiné pendant plusieurs mois par les instances compétentes de la SNEL, puis approuvé par l’Assemblée générale, peut-il être remis en cause après cette procédure de validation ?
Selon les éléments exposés par le directeur général, le dossier de Kibombo a été examiné par le conseil d’administration entre novembre 2025 et avril 2026. À l’issue de cet examen, le projet aurait été adopté par cette instance avant d’être transmis à l’Assemblée générale, qui l’a approuvé lors de sa session du 24 avril 2026.
Le directeur général rappelle également l’existence d’une correspondance du 29 avril 2026 de la ministre du Portefeuille, qui aurait donné des instructions en vue de la mise en œuvre du projet. Ces éléments soulèvent des interrogations sur les raisons qui conduisent aujourd’hui le PCA à revenir sur un dossier ayant déjà franchi plusieurs étapes institutionnelles.
*Un dossier validé, puis remis en question*
Dans sa correspondance, Teddy Lwamba Muba s’interroge sur la démarche du PCA, alors que les documents relatifs au projet auraient été examinés par les instances concernées avant leur validation. Il estime que les décisions régulièrement adoptées ainsi que les instructions de l’autorité de tutelle doivent être respectées et exécutées avec rigueur et cohérence.
La question de la chronologie est donc centrale. Si le conseil d’administration a effectivement examiné l’ensemble des pièces et adopté le projet avant de le transmettre à l’Assemblée générale, il appartient au PCA d’expliquer les éléments nouveaux qui justifieraient une remise en cause de cette procédure.
En l’absence d’explications précises sur ces éventuels éléments nouveaux, cette démarche soulève des interrogations sur la cohérence de la position actuelle du PCA. Elle alimente également les soupçons de mauvaise foi évoqués autour de ce dossier, sans que l’intention de nuire puisse être considérée comme établie sur la seule base des éléments disponibles.
*Le conflit d’intérêts au centre des échanges*
Dans sa correspondance du 9 octobre 2026, le PCA aurait soulevé la question d’un potentiel conflit d’intérêts lié au partenariat entre la SNEL et TWIGA POWER. Le directeur général conteste cette lecture et considère qu’un éventuel intérêt ou une fonction exercée par l’un de ses collaborateurs au sein d’une entreprise partenaire ne suffit pas, à lui seul, à établir l’existence d’un conflit d’intérêts personnel le concernant.
Pour Teddy Lwamba Muba, une telle accusation doit reposer sur des éléments objectifs démontrant l’existence d’un intérêt personnel, direct ou indirect, susceptible d’interférer avec l’exercice de ses fonctions. Il estime également que les responsabilités des dirigeants sociaux ne doivent pas être confondues avec les obligations applicables aux employés.
Le directeur général attire par ailleurs l’attention sur la forme juridique de TWIGA POWER. Selon sa correspondance, cette société est constituée sous la forme d’une société à responsabilité limitée (SARL). Or, dans le cadre juridique OHADA, la SARL est dirigée par un ou plusieurs gérants, tandis que le conseil d’administration est un organe propre à la société anonyme (SA). Cette distinction mérite donc d’être prise en compte dans l’appréciation des fonctions ou des responsabilités invoquées dans ce dossier.
*Quelles sont les motivations de cette remise en cause ?*
Au-delà de la question du conflit d’intérêts, le calendrier de cette nouvelle contestation constitue l’un des principaux points d’interrogation. Le dossier a été suivi pendant plusieurs mois, soumis aux instances de la SNEL et approuvé par l’Assemblée générale, selon les éléments présentés par le directeur général. La correspondance de la ministre du Portefeuille du 29 avril 2026 est également invoquée à l’appui de la poursuite de sa mise en œuvre.
Dès lors, si le PCA estime que la procédure a été entachée d’irrégularités, il lui revient de préciser lesquelles, d’indiquer à quel moment elles ont été constatées et d’expliquer pourquoi elles n’auraient pas été soulevées au cours de l’examen initial du dossier.
C’est précisément sur ce point que se concentrent les interrogations : s’agit-il de faits nouveaux justifiant un réexamen ou d’une remise en cause de décisions déjà prises par les instances compétentes ? La réponse à cette question est indispensable pour apprécier le bien-fondé de la démarche du PCA.
Pour établir définitivement les responsabilités, la comparaison de la correspondance du PCA du 9 octobre, de celle du directeur général du 12 octobre, du procès-verbal du conseil d’administration, de la résolution de l’Assemblée générale et de la correspondance de la ministre du Portefeuille permettrait de vérifier précisément la chronologie et la portée des décisions prises.
En attendant, le dossier du projet hydroélectrique de Kibombo met en lumière une exigence fondamentale de gouvernance : les décisions des organes compétents doivent être documentées, les éventuelles irrégularités doivent être clairement établies et toute remise en cause doit reposer sur des motifs vérifiables. C’est à cette condition que les soupçons entourant ce dossier pourront être départagés des faits établis.


