Depuis le départ de Jules Alingete Key, l’Inspection générale des finances (IGF) semble moins visible dans le débat public. Sous la direction de son successeur, Christophe Bitasimwa Bahii, des interrogations émergent sur la continuité des contrôles et la capacité de cette institution à prévenir les irrégularités dans la gestion des finances publiques.
Sous Jules Alingete, l’IGF s’était illustrée par ses interventions dans plusieurs dossiers sensibles, notamment le contrat chinois et la construction du Centre financier de Kinshasa. Pour rappel, en février 2023, son rapport sur le contrat chinois avait relevé onze griefs, dont un important déséquilibre financier au détriment de la RDC et des insuffisances dans l’exécution des engagements liés aux infrastructures.
Le dossier du Centre financier de Kinshasa avait également alimenté les débats sur le coût des investissements publics et la nécessité de contrôler rigoureusement les dépenses de l’État.
Mais c’est aujourd’hui la question des financements de la riposte contre Ebola qui relance le débat sur l’efficacité des mécanismes de contrôle financier.
Plus de 700 millions de dollars à retracer
La semaine dernière, le directeur général de l’Africa CDC, Jean Kaseya, a alerté sur la traçabilité de près de 962 millions de dollars décaissés par les donateurs internationaux au profit des organisations chargées de mettre en œuvre la riposte contre Ebola en RDC.
Selon les informations communiquées, seules les données relatives à environ 220 millions de dollars avaient été rapportées par les organisations concernées. Plus de 700 millions de dollars demeuraient ainsi difficiles à retracer.
Cette situation soulève de sérieuses questions sur la transparence financière et la redevabilité des partenaires chargés de gérer ces ressources. Elle suscite également des interrogations sur le rôle des institutions nationales de contrôle dans le suivi des fonds mobilisés pour répondre à une urgence sanitaire majeure.
Il convient toutefois de préciser que ces sommes n’ont pas été directement versées au Trésor public congolais. Elles ont été décaissées au profit des organisations chargées de la riposte. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de présenter les montants non retracés comme des fonds détournés, mais d’exiger des justifications précises sur leur destination et leur utilisation.
Où est passée la rigueur du contrôle ?
L’IGF est notamment attendue dans la prévention des irrégularités financières et le contrôle de la gestion des ressources publiques. Sous la direction de Jules Alingete, les interventions de l’institution dans plusieurs dossiers sensibles avaient contribué à placer le contrôle financier au centre du débat public.
Le dossier Ebola remet ainsi en lumière l’importance du contrôle a priori, qui vise à prévenir les irrégularités avant l’exécution des opérations. Ce mécanisme doit permettre de détecter les risques en amont, sans exclure les vérifications a posteriori nécessaires pour établir les responsabilités.
La question est désormais de savoir comment les mécanismes de contrôle peuvent contribuer à éclaircir la situation, en coordination avec les autorités sanitaires et les partenaires concernés. La traçabilité des fonds exige que chaque organisation bénéficiaire rende compte des sommes reçues, des dépenses engagées et des activités effectivement réalisées.
Au-delà de la visibilité médiatique de ses dirigeants, l’efficacité de l’IGF doit se mesurer à des résultats concrets : contrôles effectués, anomalies établies, recommandations formulées et suites données aux irrégularités constatées.
Après le contrat chinois et les interrogations autour du Centre financier, le dossier des fonds Ebola constitue un nouveau test pour la transparence et la redevabilité. La nouvelle direction de l’IGF est attendue sur sa capacité à contribuer à la clarification de cette situation et à démontrer, par des résultats vérifiables, que la protection des ressources publiques demeure une priorité.
L’actuel inspecteur général des finances, Christophe Bitasimwa Bahii, selon une partie de l’opinion, semblerait profiter du confort hérité de Jules Alingete Key, tandis que l’IGF se fait moins entendre, malgré près de trois millions de dollars de frais de fonctionnement annoncés.
Le chef de l’État, qui fait de la bonne gouvernance et de la protection des finances publiques des priorités, peut-il se satisfaire du manque de visibilité de l’IGF, devenue une coquille vide sous la direction actuelle ?
Yves Buya