Le président congolais Félix Tshisekedi a estimé, samedi, que son homologue rwandais Paul Kagame avait pris « trente ans d’avance » sur la RDC en diabolisant le pays dans toutes les capitales du monde, une stratégie qui a sapé les institutions et la crédibilité de la République démocratique du Congo. Le chef de l’État s’exprimait lors d’une rencontre avec les parlementaires de l’Union sacrée, plateforme de la majorité présidentielle.
Selon Félix Tshisekedi, cette stratégie visant à décrédibiliser la RDC a longtemps affaibli le pays sur la scène internationale. Il affirme toutefois avoir mis un terme à cette dynamique. Le président congolais assure en outre que le pillage des ressources naturelles du pays est désormais devenu plus difficile.
Un accord de paix sous médiation américaine
Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par la signature, le 4 décembre 2025 à Washington, des « Accords de Washington pour la paix et la prospérité » entre la RDC et le Rwanda, sous l’égide du président américain Donald Trump. Ces accords réaffirment l’engagement des parties à mettre en œuvre l’accord de paix conclu le 27 juin 2025 et à concrétiser le Cadre d’intégration économique régionale (REIF). Ils prévoient notamment un cessez-le-feu permanent, le désengagement programmé des forces rwandaises de zones définies sur le territoire congolais et des efforts « limités dans le temps » déployés par Kinshasa pour neutraliser les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Le Rwanda s’engage à un retrait progressif de ses militaires, tandis que la RDC accepte de neutraliser les FDLR.
Sur le plan économique, le REIF vise à « libérer le vaste potentiel économique de la région des Grands Lacs » et à créer des opportunités pour le secteur privé américain. Le gouvernement congolais affirme que l’accord réaffirme « la pleine souveraineté de la RDC sur son sol et son sous-sol » ainsi que le contrôle exclusif de l’exploitation de ses minerais.
Une mise en œuvre fragile
Malgré la signature, la mise en œuvre reste délicate. En mars 2026, les deux pays ont réaffirmé leurs engagements à Washington et sont convenus de mesures concrètes pour apaiser les tensions. Mais sur le terrain, les combats se sont poursuivis dans l’est de la RDC, et les États-Unis ont fini par sanctionner des hauts gradés de l’armée rwandaise accusés de soutenir la coalition M23-AFC. Les relations personnelles entre les deux présidents restent par ailleurs profondément dégradées : Félix Tshisekedi a un jour comparé Paul Kagame à Hitler, ce dernier répliquant par des attaques personnelles sur le passé de son homologue congolais. C’est dans ce climat de méfiance persistante que le chef de l’État congolais a tenu à revendiquer une rupture avec ce qu’il décrit comme trois décennies de « diabolisation » de la RDC sur la scène internationale.
La Rédaction