Actualités

Nord-Kivu : MSF accuse les autorités du FRN d'entraver l'accès aux soins des survivantes de violences sexuelles

Lundi 2 novembre 2026 3 min de lecture
photo

 

Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce les restrictions imposées par les autorités de facto du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, qui compliquent la prise en charge médicale des victimes et survivantes de violences sexuelles. Dans un communiqué publié ce lundi 2 novembre 2026, l'organisation humanitaire met en cause les mesures instaurées par le Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC/M23.

Selon MSF, ces dispositions, appliquées depuis le début de l'année 2026, imposent plusieurs conditions aux structures sanitaires et aux organisations humanitaires. Parmi elles figurent l'obligation de présenter des blessures visibles pour faire reconnaître les violences sexuelles, de subir des examens physiques intrusifs et de se rendre à la police avant d'accéder aux soins.

Les autorités limiteraient également la prise en charge aux personnes qui se présentent dans les 72 heures suivant leur agression. Une exigence que MSF considère comme un obstacle supplémentaire pour les victimes, dont certaines ont besoin de soins bien au-delà de ce délai.

L'organisation dénonce aussi l'utilisation de formulaires comportant des questions jugées intrusives et sans nécessité médicale. Ces documents exigeraient notamment les noms, les adresses des survivantes ainsi que des informations sur les auteurs présumés, au risque de compromettre le secret médical et la sécurité des patientes.

« Une baisse du nombre de cas signalés ne signifie pas que les violences sexuelles sont en recul. Cela signifie simplement que les victimes se heurtent à des obstacles pour accéder à des soins sûrs et confidentiels », explique Akke Boere, directrice des opérations de MSF.

L'organisation fait également état de pressions exercées sur les professionnels de santé, certains étant menacés de suspension ou d'emprisonnement en cas de non-respect des nouvelles directives. Ces intimidations auraient conduit certains prestataires à interrompre leurs activités, réduisant davantage les possibilités de prise en charge.

Les conséquences sont déjà visibles dans les statistiques de MSF. L'analyse des données de plusieurs structures sanitaires soutenues par l'organisation au Nord-Kivu révèle une diminution de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité des soins pour violences sexuelles en août 2026, comparativement à janvier de la même année.

Dans d'autres établissements, le nombre de personnes prises en charge serait passé d'environ 80 par mois en 2025 à seulement neuf par mois en 2026. MSF signale également que des dizaines d'enregistrements de consultations liées aux violences sexuelles ont été supprimés dans certains centres de santé.

Malgré des échanges avec les responsables du FRN en octobre dernier et des engagements pris pour corriger la situation, l'organisation affirme que les restrictions restent en vigueur et que les mesures correctives annoncées n'ont toujours pas été appliquées.

MSF appelle ainsi les autorités de facto à intervenir immédiatement pour garantir aux victimes et survivantes un accès aux soins sécurisé, confidentiel et sans discrimination.

« La prise en charge des victimes de violences sexuelles doit être protégée, confidentielle, accessible et axée sur les besoins de santé », insiste Akke Boere.

L'organisation rappelle enfin que l'accès aux soins médicaux ne doit jamais être conditionné à un dépôt de plainte ou à un signalement auprès des autorités. Elle souligne que toute victime doit pouvoir bénéficier d'une assistance médicale sans craindre d'être exposée à de nouvelles violences ou à des représailles.

En 2025, près de 53 000 victimes et survivantes de violences sexuelles ont été prises en charge dans des structures soutenues par MSF à travers la RDC. Au premier semestre 2026, les équipes de l'organisation ont déjà assisté plus de 19 400 personnes dans la seule province du Nord-Kivu.


RTD